La chaleur est étouffante. La femme erre dans la campagne à la recherche d’un coin d’ombre. L’esprit de la femme est mort depuis longtemps…bien avant que le Soleil perde la tête.
Il fait si chaud !...Le soleil a chassé tous les nuages depuis si longtemps et il ne semble pas prêt à se laisser fléchir
Toutes les danses, tous les chants des hommes arrivent trop tard. Même l’agonie des animaux si injustement sacrifiés ne le fait pas faiblir. Il reste là haut, implacable, dardant ses rayons sur la terre, qui se dessèche et éclate en écailles.
Les hommes ne lui rendaient plus hommage depuis des lustres, ils ne faisaient que s’emparer de ses bienfaits. Irrité par l’outrage, l’Astre, vexé, déploie toute son énergie à leur montrer sa puissance. Il rayonne en maître absolu. Affairé à mener sa punition à son terme il en oublie dans sa colère, qu’il fait disparaître ceux là même dont il veut attirer l’attention.
La femme s’arrête, épuisée. Seule son âme, protégée par ce qui lui reste de sa vie d’enfant, se révolte encore. Alors levant son doigt vers ce Dieu devenu sourd aux prières de la nature, elle hurle et l’invective. Tout ce qui peut encore, courir, nager, voler fuit aux cris de cette rébellion inattendue, sauf un corbeau qui puise quelques forces dans une carcasse, triste image d’un avenir proche…
« Son tour viendra aussi » pense t il trop occupé à sauver sa vie.
La femme-enfant pleure et ses larmes forment un minuscule ru bien vite englouti par la terre assoiffée. Le corbeau n’a pas faim, mais il a soif, comme tout un chacun. Il se rapproche donc, bien décidé à planter son bec dans la source salvatrice. Loin de se défendre, la femme résignée joint ses mains en une coupe pour abreuver l’oiseau. Ragaillardi, il s’élève entraînant avec lui ses congénères dans un ballet aérien. Leurs ailes déployées forment un écran à l’ombre reposante pour la femme gisante. Mais le soleil les élimine un à un.
Pendant de longues heures, la femme les abreuve et les corbeaux la protègent. Le grand corbeau est fatigué. Il rassemble son « escadrille » avec de plus en plus de difficulté. Il revient boire à la coupe. La femme ose alors déposer une baiser empli de tendresse sur les ailes bleutées.
Il reprend son vol aussitôt, suivi des rescapés de cette guerre sans merci. Ils montent droit vers le soleil, sous le regard inquiet de la femme, qui voit les ailes noires s’iriser sous l’impact des rayons meurtriers.
L’un après l’autre, les oiseaux périssent mais éclaboussent de leur sang l’Astre courroucé. Il pâlit sous le choc, faiblit, descend peu à peu derrière l’horizon. Lorsque le corbeau vient expirer en son sein, l’Astre vaincu, se couche, enfin, paré de pourpre éclatante.
Parce que l’âme d’enfant d’une femme a abreuvé un corbeau de tendresse, le soleil se couche tous les soirs, pour laisser la rosée - larmes oubliées - faire son ouvrage.
Parce que les corbeaux ont un grand cœur, le soleil couchant, depuis tout ce temps, est toujours rougeoyant !
Gisèle Martin
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