L'homme devinait les arabesques géantes dessinées sur le sol, qui semblaient à présent se dissimuler aux regards des hommes: signatures titanesques d'une civilisation bafouée, violentée, écrasée.
De sacrifices en sacrifices, au nom d'un Dieu Unique, les soldats élevèrent leurs prières en religion d'Etat en clâmant « Je sais » comme seule devise.
Pardonnés d'avance par leurs pairs, ils mélangèrent, à en perdre la raison, la parole de Dieu et la convoitise du pouvoir.
Le Dieu Soleil, convoité, fut condamné. De chacun de leur pas, naquit une empreinte terrible, faite de sang et de douleur, qui recouvrit le sens de la vie sous un voile d'individualisme.
L'homme tenta, alors, de dessiner, dans l'air, de son doigt, les lignes de ces témoignages au sens encore ignoré.
Une enfant, dans un costume traditionnel, l'observait.
Elle avait remarqué les gestes d'abord maladroits de l'homme, mais qu'il transformait peu à peu, sans le savoir, en une danse rituelle.
« Tu dessines le Corbeau d'Or» dit elle en montrant le médaillon qu'elle portait à son cou.
« Sais tu qu'il vole aussi dans ton ciel? Vous ne voyez que le noir des corbeaux, parce qu'ils vous rappellent la noirceur de l'Homme. As tu remarqué, comme leurs ailes brillent, lorsqu'ils s'élèvent vers le soleil?
Un simple corbeau peut conduire plus haut que le condor, que tous viennent chercher ici. »
Posant sa main sur celle de l'homme, elle l'accompagna dans son dessin, qui devint plus assuré.
Leurs regards se portèrent vers un corbeau, planant dans le ciel et que le groupe ignorait.
Leurs doigts s'élevèrent vers lui. Il les inonda de sa lumière.
« C'est Condora, le Corbeau d'Or » dit l'enfant dans un sourire.
« Je m'appelle Manit et toi? » dit l'homme
« Comme lui, comme toi, Enfant du Soleil » répondit l'enfant.
Gisèle Martin
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